[Mise à jour] Sucker Punch : La Fin de Sucker Punch – Attention Spoilers !

Après Inception l’été dernier, voici Sucker Punch ! Sucker Punch, c’est l’histoire d’une fille dans un asile. Je suis d’accord. Mais de quelle fille parle-ton ? Sous son aspect Festival du geek en folie, le film de Zack Snyder se révèle bien plus subtil, pour peu que l’on ne se borne pas qu’à son délicieux glaçage visuel. Mise en garde : la lecture de cet article est garantie 100% spoilers. Il serait idiot et inutile de le lire avant d’avoir vu le long métrage de Snyder. Il est le résultat, pour le moment, d’une seule vision du film, mais sera mis à jour [ça y est !] en fonction des commentaires, détails, et nouvelles séances qui viendront dans la semaine.

Depuis le début de la promotion, de la bande annonce au synopsis, il nous est dit que nous allons suivre l’histoire de Baby Doll, « une jeune fille dont les rêves sont la seule échappatoire à sa vie cauchemardesque ». C’est en effet le niveau de lecture le plus évident. Baby Doll est enfermée contre son gré dans un asile [ce qui semble être la réalité]. Pour échapper à l’horrible vérité – elle sera lobotomisée dans 5 jours – elle imagine la vie dans une maison close [première strate du rêve]. Lorsqu’on lui demande de danser, elle mène un combat intérieur, visuellement rendu par les différents mondes [samouraï, première guerre mondiale, heroic fantasy, science-fiction : seconde strate du rêve].

« Depuis le début, ce n’est pas mon histoire. C’est la tienne. ». Le dernier acte du film commence. Il s’agit d’une phrase prononcée par Baby Doll, à l’adresse de Sweet Pea… Fichtre : Snyder avait concocté un twist génial… sauf que personne ne semblait réagir dans la salle ! Avec cette simple phrase, c’est toute l’histoire du film Sucker Punch qui est remise en cause, c’est un indice, une clef pour comprendre le véritable sens du scénario. Une clef : un mot parfait pour illustrer ces quelques mots, puisque Baby Doll recherche justement, à ce moment précis, la clef de la dernière énigme, la plus importante. Voici ma théorie : Baby Doll n’existe pas, elle n’est qu’une projection de l’esprit de Sweet Pea. L’explication-analyse de Sucker Punch commence right now !

Avant de retracer pas à pas le parcours du film (en ayant en tête cette théorie), il convient de mener une petite comparaison entre deux personnages. Depuis le début, Baby Doll est présentée comme un miroir de Sweet Pea :

- Baby Doll est une fille internée sans raison valable (manœuvre de son beau-père). Elle a une soeur, qui meurt dans des circonstances dramatiques. Après cet événement, elle est justement enfermée (l’asile). Baby Doll est la meilleure danseuse du show. Elle veut à tous prix s’enfuir. Elle se bat avec une longue lame (katana). Elle a un nom composé.

- Sweet Pea est une internée sans raison valable (elle ne fait que suivre sa soeur). Elle a une soeur (Rocket), qui meurt dans des circonstances dramatiques. Après cet événement, elle est justement enfermée (le placard). Sweet Pea est la meilleure danseuse du show (avant l’arrivée de Baby Doll). Elle est la seule à ne pas vouloir s’enfuir. Elle se bat avec une longue lame (épée médiévale). Elle a un nom composé.

Baby Doll, c’est une poupée, une marionnette, un personnage de théâtre qui n’existe pas. Pour comprendre l’intégralité du film, il faut être attentif dès la première image (Snyder est un malin !) : une scène de théâtre aux rideaux rouges s’ouvre, avec une Baby Doll prostrée sur son lit. C’est la voix de Sweet Pea qui donne l’introduction au film : « Il existe des anges. Ils peuvent prendre n’importe quelle forme. Celle d’un vieillard. Celle d’une jeune fille. Ils sont là pour nous rappeler que c’est NOUS qui contrôlons les mondes que nous créons. ». Tout est du dit, du moins le programme du film. Sweet Pea est le personnage principal, ce n’est pas Baby Doll. Cette dernière est l’ange de Sweet Pea, celle qui va la pousser à s’enfuir (nous verrons comment et de quoi), alors qu’elle n’en a pas le courage.

La première fois que nous voyons Sweet Pea, elle est elle comme Baby Doll, assise sur un lit, sur une scène de théâtre. Étrange mais révélateur. Sweet Pea est le miroir de Baby Doll : quand le gardien Blue et le beau-père règlent les « détails » concernant la jeune fille, son visage est justement coupé en deux (moitié gauche, moitié droite et ainsi de suite). Encore et toujours le miroir. Sweet Pea est la star du spectacle et du film, l’actrice, celle qui tire vraiment les ficelles, celle qui recevra la lobotomie, le Sucker Punch. Elle ne cesse de le répéter : « C’est moi la star du show, ne l’oubliez pas. » (réplique adressée à Gorski, la metteur en scène, juste après l’entrée dans l’univers-cabaret). Sa destinée est d’ailleurs inscrite dans son nom : Sweet Pea. S.P. Regardez le logo du film, et la graphie avec laquelle est écrit son nom. En guise de S, on retrouve bien le burin qui lui percutera le cerveau. D’autant plus que sur l’une des images les plus utilisées lors de la promotion, nous avons bien Baby Doll à gauche, Sweet Pea en miroir à droite (voir la bannière ci-dessus).

L’autre élément suspect qui m’a fait trépigné sur mon fauteuil, c’est la façon dont Zack Snyder filme la scène de la lobotomie, jusqu’à l’arrestation de Blue (le gardien des filles). Le visage de Baby Doll est caché du début à la fin. Seule la dernière seconde nous permet de voir son regard vide, alors qu’elle est littéralement ailleurs. Le fait de cacher le visage de Baby Doll n’est pas innocent : il ne fallait la montrer qu’une fois l’opération terminée. Il s’agit bien de Baby Doll, ou plutôt, de Sweet Pea, qui s’imagine sous les traits de celle qui l’a sauvée. Pas de panique, tout va être clarifié.

Car depuis le début du film, nous suivons en faite le parcours de Sweet Pea. Dans l’asile, sur scène, nous la voyons se prêter aux thérapies « polonaises » du Dr. Gorski. Le film commence véritablement ici. C’est l’une des rares minutes de « réalité » (il y en a peut-être en tout moins de cinq). Le regard perdu, elle voit entrer la nouvelle, Baby Doll. Sauf que Sweet Pea est folle, et que justement Snyder fait bien attention à ne pas mettre en contact cette Baby Doll avec la réalité. Elle ne parle à aucun moment, de l’introduction jusqu’au montage ultra-rapide qui nous fait basculer vers l’univers-cabaret. Logique, puisqu’elle n’existe pas. Sweet Pea parle à sa place, Sweet Pea utilise cette poupée pour se guérir. Notons au passage que la réplique du Dr. Gorski, You control this world (Tu contrôle ce monde – l’une des phrases les plus mises en avant lors de la promotion), cette réplique donc n’est pas adressée à Baby Doll, mais à Sweet Pea, qui est sur le point de commencer son exercice de thérapie (l’appareil à musique se met en marche à ce moment).

Un mot sur la thérapie du Dr. Gorski : nous savons qu’elle aime écouter les nouvelles filles (Sweet Pea est l’une d’entre elles) ; qu’elle essaye de régler leurs problèmes par l’écoute et par le théâtre. Sweet Pea va se prendre au jeu. Totalement. Sa première étape est de créer Baby Doll. La seconde est de basculer dans l’univers-cabaret. Baby Doll va lui donner la force qu’elle n’a pas, la force pour se libérer. Il ne s’agit pas d’une libération physique (de l’asile), mais bien d’une libération mentale. Sweet Pea doit se libérer de sa folie, vaincre ses démons (monstres, dragons…). De quoi souffre-t-elle exactement ? Snyder nous le dit (encore heureux, puisque son trauma est l’enjeu du film, le « but »). Avant d’être interné, Sweet Pea a sans doute tué accidentellement sa sœur. Dans l’asile, elle ne cesse de ressasser cet événement horrible, jusqu’à la folie. Quand elle créée Baby Doll, que voyons nous ? Une sœur se faire tuer. Quand Baby Doll pénètre dans l’univers-cabaret, que voyons nous ? Une sœur (Rocket) qui est sauvée. Baby Doll étant le double de Sweet Pea, cette dernière passe son temps à essayer de sauver sa défunte sœur. Quelle est la conclusion de l’histoire de Rocket, sœur de Sweet Pea ? Elle se fait tuer. A chaque fois, Sweet Pea est dans la culpabilité, elle refuse de laisser Rocket, sa sœur imaginaire. Puisque nous avons défini de quoi souffrait Sweet Pea, il faut maintenant voir si elle a réussi à se libérer…

La cinquième chose est un mystère. C’est le but. Ce sera un grand sacrifice. Mais seule Sweet Pea (puisqu’il s’agit d’elle depuis le début) peut résoudre cette énigme. Elle va le faire. La cinquième chose, est dans l’esprit de Sweet Pea, c’est son sentiment de regret et de culpabilité vis-à-vis de la mort de sa sœur. En quelque sorte, Baby Doll est une sœur à elle. Elle est son reflet dans le miroir. Elle une Army of me (Une armée de moi, titre de l’une des chansons phares du film). Que fait Sweet Pea à la fin ? Elle laisse Baby Doll se sacrifier, elle accepte la mort de sa soeur imaginaire. Sweet Pea est guérie. La thérapie du Dr. Gorski fonctionne. Mais son aventure n’est pas achevée, elle va se conclure dans la tragédie. Tous ces mondes, toutes ces séquences, se sont plusieurs moments des séances avec le Docteur. Des séances qui s’étalent sur une semaine. Après sa lobotomie, le Dr. Gorski discute avec le médecin qui vient d’accomplir l’opération : « Depuis une semaine, elle nous cause beaucoup de problème ».

En effet, l’incendie, les vols, tout cela est réel (plan insistant de Snyder sur les dégâts dans l’asile). Sweet Pea a accompli ces actes seule, au cours de la semaine, entre ses séances de thérapie. Parlons justement de ce détails à propos du temps : l’ordre de mission était pourtant clair, je croyais que Baby Doll avait 5 jours pour s’échapper (après quoi, le chirurgien devait arriver pour l’opérer). Or, le chirurgien est là au bout d’une semaine. Encore un indice qui montre que Baby Doll n’existe pas, et que sur la chaise, c’est Sweet Pea. Attachée dessus, comme lors du premier plan de l’univers-cabaret, où elle portait justement une perruque blonde !…

Petit à petit, Sweet Pea à accepter de se libérer : malheureusement pour elle, cette libération est passée par la violence (incendie, vols, agression contre Blue… qui le méritait bien !). Le chirurgien a été appelé. Et le miracle s’est produit. Un instant, peut-être une seconde avant le Sucker Punch. Pendant un bref moment, « Elle n’a pas été comme les autres« , nous rapporte le chirurgien. Elle n’était plus folle, elle était guérie, elle était libre. Mais Snyder aime les fins sombres. Sauf qu’ici il touche au sublime de la noirceur. Immédiatement après avoir été libérée, Sweet Pea retombe dans la folie, ou plutôt, dans le Paradis. Cet endroit dont on nous parle depuis le début, c’est celui post-Sucker Punch, un état catatonique. Certes, Sweet Pea devient un « légume », mais elle sait intérieurement qu’elle peut désormais contrôler son monde. Contrôler son imaginaire, c’est d’ailleurs son conseil final au public (« VOUS »).

Elle prend le bus, c’est un nouveau départ. Deux policiers l’arrêtent. Épinglées sur leur veste, deux lettres : S.P. ! Une réminiscence du passé… Le conducteur du bus est aussi le fruit de son imagination, c’est le sage, l’autre ange, celui qui va l’aider et l’accompagner dans son grand voyage solitaire. D’une certaine manière, Sweet Pea est libre. Pas physiquement, mais mentalement, comme l’atteste la pancarte Paradise’s dinner (dernière image du film). Ce paradis, c’était la seule fin possible pour elle, elle l’anticipait. En effet, une bouteille d’alcool Paradise est posée sur sa loge. Quand Amber est tué (Amber et Blondie ne sont que des projections sans personnalités, ce qui explique leur manque d’approfondissement scénariste), immédiatement la caméra fait un gros plan sur la bouteille (moins d’une seconde, mais c’est flagrant, il n’a que ça à l’écran !). Rocket, Amber puis Blondie et enfin Sweet Pea entrent dans la mort, entrent au Paradis.

Aurais-je oublié Baby Doll ? Rappelons nous les questions que lui pose Blue juste avant de vouloir abuser d’elle. « Il y a quelqu’un ? Tu es encore là ? Tu ne peux partir, tu restes ici avec moi dans cette merde [l'asile] ». Blue ne le sait pas, mais Sweet Pea a gagné. Elle a sacrifié Baby Doll, qui prend ainsi visuellement sa place sur le siège. Le combat est terminé.

Avec Sucker Punch, Zack Snyder a réalisé son Prestige (usant de rebondissements et de diversions). J’attends maintenant avec impatience son Dark Knight (Superman – Man of Steel) !

En espérant que Sucker Punch soit compris pour sa richesse scénaristique. Pas seulement pour son visuel, qui n’était là « que » pour nous détourner de la triste et magnifique histoire de Sweet Pea. Si comme moi, vous pensez que Znyder est un réalisateur intelligent, qui a su nous proposer une histoire originale, n’hésitez pas à débattre et discuter sur le film!

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APPENDICE

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Paroles d’Army of Me (chanson du niveau Samouraï, soit précisément le monde où Baby Doll, projection de Sweet Pea, prend les choses en main…)

Lève toi
Tu dois te débrouiller
Je ne veux plus compatir
De toute façon
Et si tu te plains encore une fois
Tu rencontreras une armée de moi
Tu as raison
Il n’y a rien de faux
Autosuffisance s’il-vous-plaît !
Et va travailler
Tu es a ton compte maintenant
Nous ne te sauverons pas
Ton équipe de secours
Est trop épuisée
Et si tu te plains encore une fois
Tu rencontreras une armée de moi

Question récurrente : Le Dr. Gorsky indique à la fin qu’une fille s’est échappée… Qui est-ce ? Il est impossible de savoir avec certitude de qui il s’agit. En tout cas, ce n’est pas Sweet Pea. Celle-ci applique à elle-même la morale du film : reprendre en main son destin, contrôler son propre imaginaire. Sa libération à l’issue du film est triple : psychiquement (elle atteint son Paradis, elle est libre, le début d’un long voyage) ; visuellement (libre, elle se renferme sur le Paradis, et se fait « remplacer » par Baby Doll) ; physiquement (une fille s’est échappée, elle consolide sa fuite). Car à ce moment, Sweet Pea a été lobotomisée : puisque c’est elle qui contrôle désormais l’histoire, il est difficile de se fier à ce que nous voyons. En étant pragmatique, l’autre option est de dire qu’une fille (inconnue) s’est simplement échappée lors des désordres causées par Sweet Pea. Snyder montre trop peu la réalité pour que l’on puisse en savoir davantage. La transformation Sweet Pea/Baby Doll est renforcée par un détail, soulevé dans un commentaire (à vérifier concrètement) : Blue veut abuser Baby Doll dans les toilettes pour hommes. Le plan s’arrête. Le film reprend avec Sweet Pea qui ressort des toilettes pour femmes (il y a clairement écrit Ladies sur la gauche de l’écran). En atteignant son Paradis, Sweet Pea retrouve sa féminité et sa liberté, elle laisse derrière Baby Doll la « remplacer » !

La preuve ultime : Que nous faudrait-il pour prouver indubitablement la théorie développée sur cette page ? C’est très simple : un message de Snyder. Or ce message, nous l’avons. Je veux prouver que ce n’est pas Baby Doll qui rêve, mais bien Sweet Pea. Justement, c’est écrit sur un mur, pendant le film. Plus précisément dans la loge de l’univers-cabaret, sur une affiche. Si la réplique « Ce n’est pas mon histoire. C’est la tienne. » ne suffit pas à certain, voici ce qu’on peut lire sur cette affiche du film : « My dream is yours ». Mon rêve est le tien. Le rêve de Baby Doll est celui de Sweet Pea ! Datant de 1949 (sorti en France sous le titre Il y a de l’amour dans l’air), c’est le message de Snyder au public : Sweet Pea est l’héroïne du film, c’est bien son rêve du début à la fin, et en aucun cas, il ne s’agit d’un songe de Baby Doll, comme on voulait nous le faire croire !

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